Découverte du Pop’Up « Tissé Main Indien »

 

 

Entre deux averses un mercredi de juin, nous sommes retournées faire un tour du côté de la librairie des Voyageurs du monde pour un nouveau Pop’Up Voyageurs. Ce jour là, une baroudeuse du monde et plus particulièrement du monde asiatique présentait un large ensemble de textiles tissés à la main, en provenance d’Inde, du Bangladesh ou du Japon.

 

 

 

 

Le fil rouge d’un parcours

“Je me reconnais dans ces textiles simples de la vie quotidienne et pourtant si beau” nous explique Amit Zadok la créatrice du concept. Ce goût s’est développé avec le temps puisque son parcours commence justement ici, à la librairie des Voyageurs du monde mais dans la section décoration et design pour laquelle elle écumait de nombreux pays d’Asie dont elle ramenait des meubles sculptés et autres pièces de taille. Mais lorsque que la librairie décidé de cesser cette partie de son activité, Amit Zadok a pris conscience que ce sur quoi elle ne pouvait tirer un trait c’était sa passion pour les textiles asiatiques pour laquelle elle avait développé un véritable attachement. Elle décida alors de continuer cette mise en valeur en recentrant son activité sur ces textiles tout en privilégiant des pièces dites “non précieuses” (sans dorures ni broderies perlées). Sa collection s’organise donc autour de pièces de soie sauvage, du coton surpiqué ou d’ikats géométriques dont la valeur réside dans le détail de confection et non dans l’outrance et le tape à l’oeil.

Des techniques fines et variées

D’ailleurs, Amit Zadok connaît chacune de ses pièces sur le bout des doigts, elle n’hésite pas à déplier plusieurs lés de tissu pour nous montrer les différentes techniques de tissages et d’impression: un long ikat noir et blanc sur le bras droit et un kanta sur le bras gauche! Elle nous montre ainsi la différence fondamentale entre ces deux techniques : l’une (l’ikat) repose sur une teinture du fil avant tissage alors que la seconde est teinte après le tissage de la pièce. Certains sont même teint à la réserve ou l’aiguille permet d’isoler de toutes petites zones colorées. D’autres pièces encore, nous montre-t-elle, sont teintées puis tissées et enfin surpiquées en une trame fine et délicate.

Un ikat bicolore.

Les multiples vies du textile indien

Amit Zadok attire notre attention sur un point important de “la vie de ces textiles”. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne sont pas toujours représentatifs d’un seul savoir-faire circonscrit dans une pureté stylistique pour en faire une sorte de “pedigree textile” reconnaissable régionalement. Bien souvent, nous explique Amit Zadok, ces textiles vivent différentes étapes de leur vie au grès des régions et des savoirs-faires. Le fil peut être filé dans une région réputée pour son coton, puis teinté dans la région de Bagru connue pour ses teintures, avant d’être tissé dans une région plus au sud où se trouve les meilleures fileuses. Pour finir le textile peut être surpiqué dans une dernière région connue pour ce travail de finition et de précision. Au final ces textiles auront plus de valeur sur le marché car ils présenteront un agencement de savoir-faire unique et beaucoup plus original qu’un textile monolithique conçu, teint et vendu dans une seule région.

Des couleurs et des hommes

Sarah et moi sommes impressionnées par tant de finesse et de délicatesse: les cotons sont souples et légers et les soies presques imperceptibles sur la peau. Nous sommes également fascinées par les nuances des coloris présentés: de beaux jaunes safrans, des rouges vifs mais également les bleus indigos des shibori reconnaissable entre tous. Amit Zadok nous explique sans détour que tous les pigments ne sont pas naturels. Le choix est laissé à l’artisan dans la mesure où les colorants chimiques s’imposent unilatéralement sur les marchés textiles par leurs brillances et leur rapidité d’utilisation (seulement un ou deux bains pour fixer la couleur contre une succession de multiples bains pour les pigments naturels). Mais cela ne signifie pas qu’Amit Zadok remise la question aux oubliettes, au contraire! Nombre de ces pièces parmi les plus belles sont teintes avec des pigments naturels comme les indigos de Delhi, les teintes ocres et terres de Sienne de certaines soies sauvages ou les tuniques d’un jaune orangé teintes au curcuma.

 

Un engagement contre le misérabilisme éthique

Le choix de ne pas s’arrêter à ce qu’elle considère comme un détail de confection est fortement ancré pour Amit Zadok dans la recherche d’un produit fini de la meilleure qualité possible. Pour elle, il n’est pas question de sacrifier la qualité et la beauté d’un textile pour des considérations extérieures. Elle insiste également sur le fait que sa sélection de textiles est le reflet des liens qu’elle entretient avec des artisans compétents, auxquels elle rend régulièrement visite, et qu’elle ne saurait en aucun cas baser sa démarche sur des considérations sociales. Tout simplement, Amit Zadok ne souhaite pas s’acheter de bonne conscience éthique sur le marché du misérabilisme (comprendre : faire de l’argent en mettant en avant des causes larmoyantes plutôt que la valeur de ses tissus) et au regard de la qualité des textiles qu’elle présente aujourd’hui, il est certain qu’elle n’en a nullement besoin!

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La librairie des Voyageurs du monde bourdonne d’une activité joyeuse, de clientes qui découvrent des textiles qui les éblouissent, de nos questions et surtout des réponses franches et étayées de Amit Zadok qui ne perd pas une miette de ce qui se passe autour d’elle, tantôt repliant un sari rouge et noir, tantôt donnant un conseil d’utilisation d’un paréo aux croix noires et blanches, tantôt emballant une commande. Quand nous repartons, Amit Zadok reconnaît une ancienne cliente et lui cite de mémoire les achats que celle-ci avait fait lors de sa dernière vente il y a six mois. Tout le monde, nous comprises, est épaté par tant de mémoire! Nous nous éclipsons ainsi, émerveillées et sereines, l’immense patrimoine textile indien et asiatique est ici bien gardé.

 

A très vite,

My Craft Curator

 

Ecrit par Margot.

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